LE GILET, UNE BOUEE DE SAUVETAGE

 

Assistance ou sauvetage, deux mots désignant en réalité exactement la même chose mais avec des degrés de gravité différents

 

On a tendance à l'oublier, le gilet est un formidable outil de sécurité. Entre théorie et réalité, les nuances sont parfois de taille. Ce n'est pas tant le gilet qui constitue une "assurance sauvetage", mais bien celui qui l'utilise.

 

A l'origine, la bouée collerette était uniquement considérée comme un moyen de sauvetage. A preuve, on n'apprenait à l'utiliser qu'en fin de formation et toujours en prévision d'un problème. Ainsi, la fameuse épreuve de bouée de l'examen du 2e échelon, aujourd'hui niveau 4, consistait à "percuter", c'est à dire gonfler le plus rapidement possible sa bouée au moyen d'une petite bouteille d'air haute pression, sur un fond de 20 m, à remonter "plein pot" vers la surface et à stopper brutalement sa remontée pour un hypothétique palier à 3 m.

 

Une épreuve spectaculaire, parfois très amusante et nécessitant un réel acquis technique mais qui, honnêtement, ne reflétait pas grand chose dans la pratique quotidienne. Pire, il était même implicitement interdit aux débutants de se servir de la bouée. Quant à l'utiliser pour corriger sa flottabilité, là, c'était carrément une hérésie ! Jamais un plongeur digne de ce nom n'aurait employé sa bouée dans un tel but.

Le gilet n'est pas uniquement un matériel destiné au confort

 

L'arrivée de l'inflateur puis la généralisation du gilet ont radicalement changé la donne. Aujourd'hui le gilet, qui reste une bouée gonflable malgré ses perfectionnements, est avant tout considéré comme un équipement de confort. Pour se rendre compte à quel point ont évolué les mentalités, il suffit de voir quels sont les arguments de vente désormais mis en avant : commandes accessibles et ergonomiques, confort, poches, dosseret généreusement matelassé, mousquetons de fixation, etc. Le résultat est paradoxal : les possibilités de sauvetage offertes par le gilet sont occultées par son aspect pratique. Pourtant, il demeure un formidable outil de sécurité, sans doute le plus important de la panoplie du plongeur.

 

Le kit "air" est superflu dans la majorité des cas

 

Sécurité préventive d'abord. Grâce au gilet, on parvient à obtenir une flottabilité neutre ou presque, sans efforts et quelle que soit la profondeur. Cela contribue à un meilleur équilibre sous l'eau, une plus grande matrrise des évolutions et à une tranquillité d'esprit supérieure, tout en réduisant considérablement les risques d'essoufflement, de dépassement de profondeur, etc. A tel point qu'aujourd'hui, le gilet est introduit dès le baptême et que son maniement est enseigné dès les premières plongées de formation. Par la suite, on apprend progressivement à s'en servir pour se sortir de situations délicates et non plus uniquement comme un élément de confort.Car, à l'instar de son ancêtre la bonne vieille bouée collerette, le gilet est une véritable bouée de sauvetage. Quelle que soit la nature du problème, bien utilisé, il permet un retour à la surface dans des conditions optimales de sécurité.

 

Ouvrons ici une parenthèse concernant le dispositif de gonflage. Sur les bouées collerette, on trouvait une petite bouteille d'air HP que l'on remplissait à partir du bloc de plongée. Elle a progressivement été abandonnée au profit de l'inflateur, plus simple et plus souple d'emploi. Certains plongeurs, notamment nordiques, réclament encore un tel kit "air" sur leur gilet, mettant en exergue l'avantage du gonflage quasi immédiat (même avec un bloc vide) offert par ce dispositif. Certes, dans des eaux difficiles, froides et troubles, celui-ci est rassurant. Mais force est de reconnaître que, dans une pratique courante, il présente plus d'inconvénients que d'avantages : la bouteille est lourde ; son gonflage à partir du bloc non exempt de dangers ; son état, souvent non soumis à réépreuve, parfois douteux ; le risque de gonflage intempestif subsiste, etc. Même la rapidité de gonflage est parfois nuisible. Dès que la bouteille est ouverte, le gilet est gonflé et la remontée amorcée. Si la prise au fond n'est pas bien assurée, il devient alors très délicat de rectifier le tir. A nos yeux, seuls le risque de rupture d'alimentation d'air et la plongée en solitaire justifient ce système autonome. En effet, en solo, en cas de malaise, il suffit d'un geste pour avoir l'assurance de remonter en surface. Dans quel état ? C'est une autre question.

 

Premier bon point du gilet: la sécurité en surface

 

Mais revenons au gilet. L’inflateur en revanche, par sa progressivité de gonflage, est plus souple d'emploi, plus facile, et offre une marge d'erreur plus grande. D'autant que certains modèles se montrent très rapides.

 

Nous l'avons dit plus haut, le gilet est une véritable bouée de sauvetage dans nombre de situations. La plus banale est celle où le gilet devient un outil de sauvetage de surface. On a tendance à l'oublier, mais le gilet de plongée assure le soutien d'un individu en surface à n'importe quel moment. Il n'est que de voir avec quelle facilité on rentre au bateau en fin de plongée, confortablement allongé sur le dos. Et en cas d'homme à la mer, auriezvous le réflexe de lancer votre gilet de plongée, sachant qu'un gonflage oral est possible ? Pourtant, bien qu'il ne soit pas homologué en tant qu'engin de sauvetage en raison du risque de perforation, il est autrement plus efficace que les traditionnelles bouées couronnes ou que les malheureuses bouées de sauvetage embarquées à bord des avions !

 

Une crampe, un courant violent que l'on ne parvient pas à étaler à la palme, une brume subite masquant la vue ?

 

Hop, on gonfle son gilet et vous voilà confortablement soutenu en surface, sans fatigue, les voies respiratoires efficacement maintenues hors de l'eau. On peut alors attendre, des heures s'il le faut, des secours extérieurs sans paniquer. Rien que pour cela, le gilet mérite un peu plus d'attention que ce rapide rinçage à l'eau douce en fin de plongée.

 

Assistance et sauvetage, une distinction discutable

 

Cependant, c'est bien évidemment sous l'eau, a fortiori en profondeur, que le gilet prend toute sa mesure en tant qu'engin de sécurité. C'est à dessein que nous utilisons ici le terme de "sécurité" et non celui de "sauvetage". En effet, ce dernier implique l'idée d'urgence ou de gravité extrême. Ce serait oublier que le gilet peut - et doit ! intervenir plus tôt. Petit "coup de pompe", début d'essoufflement, crampe passagère, autant de situations où l'utilisation précoce du gilet, par soi-même ou par un autre, permet d'éviter une aggravation du cas. Il n'empêche, parfois la situation est telle qu'elle nécessite l'intervention d'un autre plongeur pour se sortir d'un mauvais pas.

 

On distingue généralement deux cas d'école: l'assistance bouée et le sauvetage bouée. A notre avis, cette distiriction est préjudiciable. En effet, on a trop souvent tendance à assimiler d'une part, assistance avec intervention et remontée "tranquille Mimile", d'autre part, sauvetage avec précipitation et remontée "plein pot". Gravissime erreur d'appréciation ! Les deux cas nécessitent en effet une intervention rapide et surtout une parfaite maîtrise de la remontée avec l'aide du gilet. En admettant que la frontière entre les deux soit quelque peu artificielle, pour préciser les choses, disons que dans un cas la victime est en pleine possession de ses capacités intellectuelles mais temporairement handicapée physiquement et donc non autonome (crampe, perte des palmes, blessure, début d'essoufflement ... ), alors que dans l'autre, la victime ne contrôle absolument plus rien. Poursuivant ce raisonnement, on peut alors dire qu'il ne s'agit que de stades différents d'une même urgence, tant il vrai qu'une "simpIe" assistance peut fort bien se muer en sauvetage durant la remontée.

 

Le plongeur qui secourt son collègue doit donc, dès le départ, se préparer à une telle éventualité. Du coup, la distinction entre les deux cas s'estompe au profit d'une procédure unique, simplement plus ou moins "lourde". Ceci étant posé, essayons de voir comment agir dans les différentes situations.

 

A deux c'est bien mieux, quand c’est possible !

 

Précisons tout de suite qu'il est hors de propos de vouloir expliquer ici comment effectuer une assistance gilet. Rien ne peut se substituer à un moniteur qualifié, corrigeant en direct une erreur et capable de démontrer par l'exemple l'efficacité ou non de tel ou tel geste. De plus, le contrôle de la remontée à l'aide du gilet, plus qu'une succession de gestes techniques, est essentiellement une affaire de sensations. Aucun magazine ou bouquin, aussi épais fussent-ils, ne remplace l'indispensable expérience acquise dans l'eau !

 

Notre propos ne vise qu'à défricher la jungle d'idées préconçues afin de tenter d'éclaircir les choses pour le jour où il faudra intervenir, et vite, sans se poser de questions. L’une de ces questions est justement quand faut-il (ou ne faut-il pas) se servir du gilet. En d'autres termes, un sauvetage palme est-il préférable à un sauvetage gilet ?

 

La réponse est subordonnée à deux conditions : la profondeur et votre état physique du moment.

 

. Si le pépin survient à 10 m et que vous "pétez le feu", aucune hésitation, vous y allez à la palme ! L'effort à fournir ne sera pas trop prolongé et ne risque pas de compromettre la remontée et, de plus, il est toujours possible de s'aider du gilet pour avoir une vitesse de remontée mieux contrôlée comme nous allons le voir.

 

. En revanche si le pépin survient à 30 m, en début de saison, inutile de de risquer la crise cardiaque et une double noyade avec un sauvetage palme ! En clair, dès que la profondeur excède 15-20 m et même si l'on bénéficie d'une parfaite condition physique, on s'aide du gilet. Et ce, quel que soit le nombre d'étoiles figurant sur votre diplôme ! N'oublions pas que chaque cas de figure rencontré sera unique. Du discernement s'impose.

 

Il est par exemple une solution étrangement négligée des cours "officiels", c'est l'assistance ou le sauvetage en binôme. Un plongeur est victime d'un essoufflement ou d'une crampe, peu importe. Son état justifie de l'aide et une remontée. Pourquoi s'embarquer en solitaire dans une assistance gilet compliquée, alors qu'il est si facile de demander un coup de pouce au troisième larron de la palanquée ? Une main de chacun des deux plongeurs d'assistance sous chaque aisselle de la victime et hop, on remonte tranquillement, sans difficulté aucune, et sans effort.

 

Mieux, on peut se partager les tâches. Un des plongeurs gère les purges des gilets et contrôle la vitesse de remontée avec ses instruments pendant que l'autre procure un soutien visuel, assure une meilleure prise, largue la ceinture ou maintient le détendeur en bouche si besoin est, etc. Moins héroïque certes, mais tellement plus efficace et plus sûr !

 

Priorité : remettre le détendeur en bouche si nécessaire

 

Mais bon, il est des cas où il faut bien se débrouiller tout seul avec le copain en détresse. Dès que l'on prend conscience du problème, il faut agir, et vite. D'autant plus vite que le problème est important. Cela ne signifie cependant pas n'importe comment, ni avec précipitation. Au contraire, chaque geste doit être précis et sûr. Précis pour être efficace; sûr car, plus tard il sera peut-être difficile de le corriger, voire lourd de conséquences : une purge que l'on ne peut plus atteindre, par exemple. La toute première chose à faire, en cas de besoin, est d'assurer l'alimentation en air de la victime (pour plus de clarté dans le propos, nous utiliserons les termes de "victime" et de sauveteur" lors des descriptions suivantes, même si elles ne concernent pas forcément un sauvetage pur et dur).

 

Cela signifie remettre l'embout du détendeur en bouche s'il a été perdu, le maintenir dans tous les cas si la victime est sur le point de perdre conscience.

 

Ce premier geste (vital !) effectué, on peut s'accorder quelques secondes de réflexion. Ce bref répit est souvent préférable à un enchaînement plus ou moins mécanique de gestes plus ou moins bien acquis lors d'une formation qui date plus ou moins... Il doit permettre d'analyser le plus objectivement possible la situation et par là les mesures immédiates à prendre, sans toutefois perdre de temps.

 

Après une explication sur l'intérêt de ce matériel, voici comment assurer une bonne prise d'un plongeur en diffculté et, aussi important, comment effectuer la remontée.

 

Pourquoi compliquer la vie ! Palmes et gilet, voilà le duo gagnant pour remonter un plongeur en difficultée

 

Pour réussir un sauvetage ou une assisfance, il faut faire corps avec le plongeur secouru. Une méthode consiste à serrer ses jambes entre les vôtres. Cette position, pas très pratique car elle interdit l’usage des palmes, permet de garder un contact visuel avec la victime.

 

Une fois l'alimentation en air, donc la respiration, assurée, il ne reste plus qu'une priorité, remonter C'est là que le gilet va être le plus utile. Cependant cette remontée doit se dérouler dans de bonnes conditions, notamment en ce qui concerne la vitesse. On serait presque tenté de dire que tout le reste est secondaire. Que la prise de la victime s'effectue comme ceci ou cela, que la vitesse de remontée soit vérifiée aux instruments ou à l'instinct, que l'on utilise son propre gilet ou celui de la victime, peu importe, du moment que c'est efficace !

 

Pour tenter d'éclaircir les choses, essayons de décortiquer quelques cas typiques, tout en sachant qu'il ne s'agit que de pures spéculations théoriques. Dans la réalité, tout sera différent du cas d'école (conditions de mer, état du plongeur à remonter, capacité à gérer son propre stress, etc). Néanmoins ces exemples auront peutêtre le mérite d'éviter quelques "bourdes" le jour J.

 

Le cas du plongeur en difficulté mais conscient

 

Premier exemple, le copain en perte d'autonomie pour une raison X. Allez, ne soyons pas radins, imaginons une double crampe sévère des jambes. Profondeur 32 m, conditions atlantiques avec une eau plutôt fraîche et une "visi" moyenne.

 

Bien qu'handicapé et souffrant le martyr, le collègue est en pleine possession de ses facultés intellectuelles. Il ne risque pas de perdre son détendeur, ni de tourner de l'oeil. On peut donc agir avec calme. Cela ne signifie pas lentement, mais d'une manière rassurante pour lui. Une attitude. sécurisante est extrêmement importante pour la victime qui doit se sentir prise en charge efficacement mais avec calme. La prise est des plus simples.

 

Face à la victime, le sauveteur plante son regard dans celui du coéquipier et dans le même temps empoigne fermement son gilet. Ensuite. Eh bien ensuite on remonte ! Ce n'est pas la peine de rester planté là en attendant que le gilet se gonfle. Théoriquement, à cette profondeur, les deux gilets doivent être partiellement gonflés pour corriger la perte de flottabilité due à l'écrasement du néoprène. Normalement, quelques coups de palmes sont donc suffisants pour obtenir une flottabilité positive, tout en gonflant l'un des gilets bien sûr, pour accélérer le processus.

 

Quel gilet gonfler ? Certains préconisent de gonfler le gilet de la victime, d'autres son propre gilet. Chaque méthode a ses avantages et ses inconvénients (voir texte) mais finalement peu importe. Ce qui compte avant tout, c'est d'être efficace, autrement dit avoir une bonne prise et surtout une parfaite maîtrise de la vitesse de remontée. Attention, n'oubliez pas qu'en début de remontée, le sauveteur aura à gérer les deux gilets ! Le plus simple est donc, une fois l'ascension bien amorcée, de purger complètement l'un ou l'autre des gilets et de n'en utiliser qu'un pour terminer la remontée. Le cas échéant, ne pas oublier de purger le vêtement sec. Ces histoires de gilets ne doivent pas nous obnubiler et nous faire oublier une évidence: on peut très bien palmer ! Lors d'une formation préparant à un examen, a fortiori lors de l'examen final, on doit prouver sa capacité à gérer une remontée avec la seule aide du gilet. Soit, mais dans la réalité, pas de démonstration académique : la solution la plus simple est la meilleure. Et quoi de plus simple que d'effectuer une remontée mixte palme-gilet ? En combinant les deux, on parvient ainsi à remonter une victime, facilement, sans efforts, à coup sûr et surtout, en contrôlant parfaitement la vitesse.

 

En fait, le gilet n'est là que pour soulager du poids de la victime et le sauveteur peut alors remonter en palmant tranquillement, comme s'il était seul, à la vitesse préconisée par les tables ou l'ordinateur. A condition que la victime ait par ailleurs une respiration et un comportement normaux.

 

Face a un plongeur plus ou moins conscient

 

Les choses sont évidemment un peu différentes lorsque la victime n'est plus en pleine possession de ses facultés intellectuelles. Ce peut être la superbe syncope magnifiquement illustrée lors des entrânements par un cobaye crachant son détendeur à 3 m, mais la réalité sera, là encore, moins caricaturale. Disons que nous avons affaire à une narcose carabinée ou à un essoufflement sévère.

 

Dans les deux cas, la victime a son détendeur en bouche, elle respire, mais on est malgré tout aux antipodes du cas décrit plus haut ! Ici, la situation déjà peu brillante peut dégénérer à tout moment. Il ne s'agit plus d'un simple coup de pouce mais d'une prise en charge totale. La première précaution à prendre, répétons-le, est de maintenir la respiration. Pour cela, une main plaque le détendeur sur la bouche de la victime (voir texte) et n'en bouge plus !

 

Cette main est désormais condamnée et du coup, il n'en reste plus qu'une pour faire face aux différentes manoeuvres. Un peu juste non ? Raison de plus pour adopter tout de suite la bonne position.

Ceci étant fait, le reste de la procédure est identique au cas précédent.

 

Simplement, les différents gestes sont plus francs : prise ferme et énergique, gonflage sérieux du gilet, soutien visuel et attitude rassurante indispensables, etc. En revanche, dans la tête du sauveteur, les choses ne sont plus pareilles. Il doit impérativement montrer à la victime, avec calme et décision, que la situation est sous contrôle, mais dans son for intérieur, même si la victime est tranquille, il doit se préparer au pire. C'est la seule façon de ne pas être pris au dépourvu si la situation s'aggrave. Prévoir, c'est déjà agir pour éviter justement que la situation ne dégénère.

 

La méthode connue face au plongeur secouru

 

Reste cette fameuse prise au fond. Il existe plusieurs méthodes, chacune avec ses avantages et ses inconvénients. Le plus souvent on préconise de se mettre face à la victime et de passer une main sous les sangles de poitrine de son gilet, cette main servant à maintenir le détendeur en bouche. Ainsi coincée par les sangles, la prise est assez efficace. L’autre main est alors libre de manipuler l'un ou l'autre des inflateurs. Ensuite, il s'agit de faire corps avec sa victime. Pour cela, le sauveteur serre les jambes de la victime entre les siennes. Simple à mémoriser, relativement efficace, idéal en évaluation examen mais pas pratique du tout.

 

En effet, le simple fait de passer la main sous ces satanées petites sangles de poitrine peut parfois se révéler un cauchemar. Surtout avec des gants, un gilet gonflé, un ordinateur au poignet, des sangles trop serrées, etc. Prendre les jambes de la victime entre les siennes ? Facile à dire, mais dans l'eau, une main ne sera pas inutile pour remettre les jambes dans l'axe avec ces palmes qui ne facilitent guère les choses. Pendant ce temps, les deux plongeurs risquent de couler et surtout, il n'est plus possible de palmer durant la remontée ! Par ailleurs, la main qui plaque le détendeur a tendance à pousser la victime en arrière. Ses jambes étant maintenues par celles du sauveteur, son corps s'éloigne de celui du sauveteur et ne fait plus vraiment corps avec lui, tout en offrant ainsi une résistance à l'eau. En revanche cette prise offre un avantage bien réel, outre une manipulation aisée des purges-inflateurs, c'est de maintenir tout au long de la procédure un soutien visuel dont on ne rappellera jamais assez l'importance.

 

 

 

Où l'on préconise une autre méthode

 

Dans un sauvetage, la prise latérale ou de trois-quarts arrière est presque idéale Efficace, évolutive, simple à mémoriser et à appliquer en cas d'urgence. De plus, elle permet de palmer. En revanche, le soutien visuel fait défaut.

Cette méthode est moins célèbre, mais à nos yeux beaucoup plus efficace malgré certains inconvénients. Le sauveteur se place donc sur le côté de la victime comme dans le cas d'un sauvetage palme. Sur le côté ou trois-quarts dos, le sauveteur passe un bras (si possible du côté opposé à l'inflateur) sous l'aisselle de la victime et lui maintient le détendeur en bouche. Il suffit ensuite de serrer la victime contre soi, en faisant pince avec le bras, pour véritablement faire corps avec elle. On peut alors gonfler l'un ou l'autre gilet. Difficile de faire plus simple.

 

. LES AVANTAGES

 

- Similitude avec le sauvetage palme évitant les erreurs.

- Possibilité de remontée mixte palme/gilet.

- Possibilité de passer d'une intervention "gilet" à une remontée "paImes" (ou l'inverse).

- Possibilité de palmer pendant la manip', évitant ainsi de couler.

- Pressions faciles sur le thorax de la victime pour l'inciter à expirer.

- Prise peu "agressive" pour la victime.

- Possibilité de passer rapidement et en cours de remontée d'une "simpIe" assistance à un sauvetage pur et dur.

 

. L’INCONVENIENT

 

L'inconvénient majeur de cette méthode est le manque cruel de soutien visuel. Mais avec un bon entraîmement et un minimum de gymnastique subaquatique, on y arrive.

 

On le voit, il n'y a pas de recette miracle et chaque moniteur a sa prise de prédilection et devrait être capable d'enseigner celle qui vous convient le mieux en fonction de votre gabarit et de vos affinités personnelles. C'est pourquoi il est important d'en essayer plusieurs, et surtout d'adopter celle qui vous paraît la plus naturelle, tant il est vrai que dans l'urgence on n'a pas droit au cafouillage. Et puis après tout, tant pis si elle ne rentre pas dans un cadre "officiel". L’important, c'est qu'elle se révèle efficace et sûre !

 

La remontée mixte, palmes-gilet, est facile à contrôler.

 

Reste un point très important, la remontée. Nous avons vu qu'il était réducteur de considérer d'une part une remontée peinarde et d'autre part une remontée en flèche. Quel que soit le cas, cette remontée doit impérativement être maîtrisée. Pas question de se laisser embarquer par une mauvaise gestion du gilet. D'où l'intérêt d'une remontée mixte palmes-gilet, plus facile à contrôler. En réalité, tout dépend de la situation. Il y a véritablement un fossé entre la théorie et la réalité. C'est pourquoi il faut se poser quelques questions pendant l'intervention. Exemples:

 

- Sommes-nous seuls au milieu de la mer ?

- Peut-on compter sur un secours de surface ?

- Dans quel état est le collègue dans mes bras ; respiret-il ou non ?

- Quelle était notre profondeur et une décompression s'imposait-elle, etc.

 

Répondre à ces points d'interrogation : voilà déjà une très bonne raison pour ne pas remonter trop vite. L’autre raison tient évidemment aux risques physiologiques liés à une remontée trop rapide : désaturation "expIosive" et surpression pulmonaire principalement. Bien sûr, il convient de faire preuve de jugeote. Pas question de vouloir faire ses paliers si la victime est dans le "cirage" ! A l'inverse, pourquoi risquer un accident de décompression ou une surpression pulmonaire avec la victime d'un essoufflement qui parvient malgré tout à conserver son calme ? Dans ce cas, il sera peut-être possible de marquer un petit palier, ne serait-ce que pour limiter les dégâts. La remontée est bien évidemment liée à l'état de la victime et aux secours possibles. Si l'on se trouve sous un bateau avec matériel de ranimation et de premiers secours, VHF, et que l'on sait que la victime pourra être "caissonnée" dans la demi-heure qui suit, on veillera seulement à éviter la surpression par exemple. En tout état de cause, la remontée qui peut être rapide au départ en profondeur, doit se ralentir ensuite. Voilà le truc: une remontée dégressive. Dans tous les cas de figure, les 10 derniers mètres devront être aussi lents que possible (voir texte).

 

En surface !

 

Arrivé en surface, ne pas oublier le signe détresse et ne pas perdre de temps pour attaquer le "remorquage" en direction du bateau, voire même une "ranimation"! En effet, là encore le gilet se révèle précieux. Partiellement gonflé, il maintient la victime en surface, voies respiratoires hors de l'eau et facilite son remorquage. Avec les deux gilets gonflés, il devient même possible d'effectuer une ventilation artificielle de fortune. Il suffit parfois de souffler une ou deux fois dans les poumons d'une victime pour remettre en route ses fonctions respiratoires et ainsi gagner de précieuse minutes. Vive le gilet !

 

Malgré tous les soins apportés au contrôle de la vitesse de remontée, il est probable qu'elle ait été trop rapide. Avec le stress... Dès que la victime est prise en charge par les gens du bord et après avoir rapidement indiqué les paramètres de plongée, le sauveteur effectuera lui-même, tant que faire se peut, la procédure dite de palier à mi-profondeur, à titre de prévention. A condition toutefois que cette procédure n'empêche pas l'évacuation de la victime en immobilisant le bateau. Enfin, derrnier conseil, n'oublions pas que le jour où il faudra véritablement intervenir, à coup sûr la mer sera mauvaise et le stress nous fera perdre 50 % de nos moyens. Autant s'y préparer et jouer de temps à autre au jeu du sauveteur-sauvé. C'est en alternant les rôles que l'on se rend le mieux compte de l'ineff icacité ou de l'inconfort de certains gestes ou positions. Ce petit jeu, outre le fait qu'il est rigolo, ne fait pas de mal, que l'on soit jeune plongeur autonome ou vieux routard de la plonge bardé de diplômes.

 

 

ET ! QUELQUES BONNES IDEES ....

 

L’AIR A LA BOUCHE

 

Remettre l'embout en bouche est une impérieuse nécessité où seule la fin justifie les moyens. Attention à ne pas masquer les ouïes, ni appuyer sur le surpresseur ou encore à s'y accrocher comme à une prise au risque de la faire sortir inopinément.

 

Lorsqu'un plongeur perd son détendeur suite à un malaise, la priorité des priorités pour le sauveteur est de lui remettre en bouche. Après, on peut voir venir. Mais pas facile de glisser un embout dans la bouche d'un inconscient.

 

Pour faciliter les choses, empoignez à pleine main le détendeur et présentez l'embout de coin en effectuant de légers mouvements pour forcer le passage des lèvres. Autre possibilité, serrez l'embout entre le pouce et l'index pour le rendre plus étroit avant de l'introduire délicatement en bouche. Enfin (et ça on ne vous le dira nulle part), si rien ne va et que vous êtes profonds, allez y en force car le détendeur doit entrer absolument ! La reprise inspiratoire peut survenir à tout moment et il serait trop bête de remonter avec un noyé entre les bras. Attention à ne pas plaquer toute la paume de la main sur le détendeur au risque de masquer les ouïes ou d'appuyer sur le surpresseur. Il ne pourrait alors plus fonctionner normalement et/ou "gonflerait" notre victime !

 

Dernier point, en cours de remontée, jetez fréquemment un bref coup d'oeil sur ce détendeur. Avec le stress, on a parfois tendance à s'y accrocher comme à une prise fixe et à le sortir de la bouche. Or, il ne faut pas trop compter sur la victime pour y mordre à pleines dents et le retenir...

 

PENSEZ A PURGER A LA REMONTEE

 

Au fond, comment ça marche un gilet ? Résumé. Le père Mariotte et son copain Boyle ont mis en évidence le fait qu'un volume de gaz est traître. Quand la pression change, le volume d'un gaz change aussi, mais dans l'autre sens.

Il suffit de voir comment un gilet se gonfle lorsque la pression diminue pour s'en rendre compte. De son côté, le père Archimède a mis en évidence le fait qu'à poids constant, un corps plongé dans l'eau remonte si son volume est important ou coule si son volume est riquiqui.

 

En clair, lorsque l'on gonfle son gilet, on ne fait qu'augmenter son volume. Du coup, la poussée d'Archimède devient plus importante et, de lourd, on devient léger.

Là où les choses se corsent, c'est quand les deux éléments se mélangent les pinceaux. A la remontée, l'air contenu dans le gilet se dilate car la pression chute, le plongeur.augmente de volume et devient de plus en plus léger. Pire, dans les dix derniers mètres, ce volume va passer du simple au double avec une vitesse de remontée qui enclenche le turbo !

 

Conclusion : il faut purger, parce que l'air contenu dans nos p'tits poumons suit le même processus ! Et si on les amène tout doucement à leur limite d'élasticité, ça passe. En revanche, si on les surgonfle d'un seul coup, ça casse!

 

 

 

 

GARDEZ UNE MAIN LIBRE

 

La prise au fond revêt une importance capitale .pour la suite des événements. Dans l'urgence, on a tendance à empoigner la victime comme on peut et à gonfler aussi sec le gilet. C'est oublier que la main qui maintient la victime ou son détendeur sera condamnée jusqu'à la surface. Difficile alors de changer pour une position plus confortable ou plus efficace s'il s'agit d'une prise carcan. De plus, une fois la remontée amorcée, l'autre main sera seule pour faire face aux différentes manoeuvres. Sans négliger le fait que l'état de la victime peut s'aggraver subitement. Au cours de la remontée, on doit être capable à tout moment d'assurer le détendeur en bouche et de s'adapter, en temps réel, à la nouvelle situation. Autant de raisons qui doivent inciter à réfléchir vite et bien au fond pour adopter une prise laissant libres les commandes des gilets et surtout qui puisse évoluer en cas de besoin. Après, il sera trop tard !

 

Dans un sauvetage, il faut se persuader que le pire est encore a venir. Le prévoir, c'est déjà agir pour l’éviter

 

CA T0URNE VINAIGRE !

 

Lors des formations, le moniteur est victime d'une magnifique syncope, se laisse aller et crache son détendeur. Fort bien dans un cadre d'examen, pour rire, mais dans la réalité, les situations sont hélas souvent bien plus scabreuses.

 

Le syncopé qui se laisse manipuler, tout mou dans l'eau, est presque un doux rêve. En revanche, le gars victime d'un essoufflement qui se met à paniquer et qui gesticule en tous sens, arrachant masques et détendeurs avec l'énergie du désespoir, ça c'est du concret. Et le type, persuadé qu'il va se noyer et qui palme comme une furie pour arriver plus vite en surface et qui est prêt à nous tuer si on l'en empêche, ça c'est du réel.

 

Des cas jamais drôles à vivre où il faut savoir donner du mou pour se préserver des coups ou freiner des deux palmes en expirant tant qu'on peut pour ralentir. Et tout ça en adoptant une attitude rassurante, alors que tout va mal, pour éviter que la victime ne se sente agressée. Un sauvetage ressemble plus souvent à une situation désespérée plutôt qu'à une syncope finalement excessivement simple à gérer

 

 

AYEZ PARFOIS LA TETE EN L AIR

 

Dans une assistance, la vitesse de remontée doit être maîtrisée en permanence grâce à la purge et aussi en plamant. Cependant, le dialogue visuel est aussi important.

 

Les particules qui défilent, la luminosité ambiante qui change, les tympans qui "gonflent", sont autant d'éléments d'appréciation. Lors d'un sauvetage, on doit donc savoir lâcher le regard de la victime pour avoir la tête en l'air, histoire de "lire" le milieu ambiant. Avec un peu d'entraînement, on se passe très bien de l'électronique. Essayez, en prévision du jour où...

 

Un avant-goût d’un prochain thème qui traitera des problèmes liés à la remontée.

La remontée à l'aide du gilet n'est pas simple. C'est avant tout une question de sensations : sensations d'accélération, de stagnation, voire de redescente. Heureusement, les instruments sont là pour vous aider. Le hic, c'est que dans la cohue d'un sauvetage, la console risque fort de se retrouver coincée entre une jambe et une ceinture et l'ordinateur masqué par une sanglé ou un tuyau vicieux ! Bref c'est le blackout électronique.

 

Conclusion : être capable de décrypter d'autres indicateurs pour estimer la vitesse de remontée. Les fameuses petites bulles par exemple.

. Si l'on est au-dessus du panache de bulles, alors là, c'est la remontée plein pot.

. Si l'on est environné du panache de bulles, on va trop vite.

. Si les bulles sont largement au-dessus, là on stagne lamentable

 

 

LE GILET ? QUEL GILET ?

 

Eternel dilemme, mais en fait faux débat, les gilets étant normalement partiellement gonflés au fond.

 

. Gonfler le gilet de la victime présente l'avantage d'une grande accessibilité des commandes. Purge rapide, purge lente, inflateur, tout est à portée de main, devant soi comme sur un véritable tableau de bord. L'inconvénient, c'est que l'on ne connaît pas toujours la disposition et le maniement des commandes (et dieu sait si les inflateurs ne se valent pas tous d'un point de vue ergonomique), mais de plus, leurs réactions diffèrent. Certaines purges, dites lentes, sont parfois presque aussi rapides que certaines purges rapides. Difficile dans ces conditions d'anticiper. D'autre part, si on gonfle le gilet de la victime et que celle-ci vous échappe, elle montera toute seule. A vous de réagir yite et d'essayer de la saisir au passage.

 

. Gonfler son propre gilet, c'est se retrouver en terrain connu. Les commandes tombent naturellement sous les doigts, mais surtout on connaît parfaitement les réactions de son matériel. Le contrôle de la vitesse de remontée s'en trouve facilité. En revanche, si par malheur la victime vous échappe, là c'est vous qui montez et la victime qui coule ! Reconnaissons néanmoins qu'avec une prise digne de ce nom, l'argument ne tient plus la route.

 

Quoi qu'il en soit, il est bon de s'essayer aux deux méthodes. Pour le fun d'abord, et aussi car le jour J, l'un ou l'autre des inflateurs sera inaccessible. Il faudra donc improviser et utiliser le gilet que l'on peut. Sans négliger le fait que certaines prises s’accordent mieux avec l'un ou l’autre des gilets et qu'il est également possible d'utiliser les deux gilets. En s'aidant des palmes, c'est tellement pIus faci!e.