MAREE, CHASSE ET PLONGEE
Véritable respiration de l'océan, le cycle des marées rythme la vie des marins, pêcheurs et plongeurs. Tantôt faible et superficielle, tantôt ample et irrésistible, la marée modifie le paysage et la profondeur, influence les vents, le comportement du poisson, la visibilité de l'eau, et donne ses ordres à des courants parfois très violents. Impossible de l'ignorer, la marée impose sa toi de Dunkerque à St Jean de Luz. Apprendre à la connaître, c'est ne pas s'exposer inutilement.
Souvent considérée comme une empêcheuse de plonger ou de chasser en rond, la marée n'en a pas moins un rôle d'une importance capitale. C'est souvent elle qui apporte la pluie ou au contraire qui débarrasse le ciel de ses nuages ou d'une brume inopinée. C'est elle qui contribue à nettoyer les côtes de tous ses rejets et affluents plus ou moins ragoûtants. Pauvre Méditerranée qui n'a pas la chance de bénéficier de la fonction épurative de la marée.
QUAND LA LUNE S'EN MELE
Les Grecs ont rapidement compris que la marée était intimement liée à la position des astres autour de la terre. Il est cependant réducteur de croire que la marée n'est que la conséquence de telle ou telle position de la lune par rapport à notre planète. Il s'agit en réalité d'un phénomène plus complexe où interviennent de nombreux facteurs: configuration des fonds marins et du littoral, force de Coriolis due à la rotation de la terre, conditions météo, etc..
Néanmoins, il est vrai que le facteur principal intervenant dans le mécanisme des marée est l'attraction lunaire, le soleil, malgré sa masse beaucoup plus importante, exerçant une influence moindre, bien que réelle, en raison de sa distance. Une marée est un mouvement périodique où altement une élévation suivie d'un abaissement du niveau de la mer.
La différence de hauteur d'eau entre ces deux extrêmes constitue le marnage.
La marée se présente donc comme une onde sinusoïdale ayant une crête maximale, c'est l'étale de pleine mer, et un creux maximal lui aussi, l'étale de basse mer; deux moments durant lesquels la mer est immobile, ou presque.
Le flux de marée, également appelé "montante" est la phase ascendante, alors que le reflux est plus communément appelé "descendante". Ces marées n'ont cependant pas une courbe régulière mais obéissent aux cycles de la lune.
Au cours de l'année, on a donc des jours où l'amplitude est très importante, c'est la marée de vive-eau et à l'inverse des jours où elle est très faible, c'est la marée de morte-eau. Ceci est dû aux positions respectives du soleil et de la lune.
Pour schématiser le phénomène, on peut dire que la lune au zénith d'un point "attire" l'eau dans sa direction et que les mers entourant le globe terrestre forment alors une ellipse. A l'opposé de ce point géographique se produit également une marée haute bien que plus faible.
Lorsque le soleil et la lune sont en conjonction, c'est-à-dire sur le même alignement (on dit aussi syzygie) ou en opposition, leurs attractions se cumulent pour aboutir à une marée de VE. C'est la période de la nouvelle ou de la pleine lune.
A l'inverse, lorsque la lune et le soleil sont à angle droit (on dit alors en quadrature), leurs actions se contrecarrent. On a alors une marée de ME correspondant au premier ou au dernier quartier de lune.
Dans sa rotation autour de la terre, la lune est parfois plus proche de notre planète, comme c'est le cas au printemps et en automne. A ces moments, son attraction est donc plus importante et aboutit aux grandes marée d'équinoxe, bonheur des pêcheurs à pied.
L’ANNUAIRE DES MARÉES
D'une manière plus concrète voyons comment se passent les choses. Notre pays est soumis à un régime de marées semi-diumes, ce qui signifie que nous connaissons 2 marées hautes et 2 marées basses par tranche de 24 h à un chouia près.
Un chouia certes (24 h 50 mn pour être précis), mais qui a son importance puisque l'étale se trouve ainsi décalé d'environ 1 heure chaque jour.
Si le coefficient de marée (calculé selon une procédure sortant du cadre de cet article) est le même pour l'ensemble du pays, l'heure de basse mer ou de pleine mer n'est pas la même pour tous les points du littoral. Ainsi, lorsque l'étale de pleine mer est à 13h49 le 18 juin au Havre, elle est à 7h13 à La Rochelle. Encore ces horaires sont-ils valables pour les ports "de référence". Mais non loin de là, les ports "rattachés" ont eux aussi un léger décalage horaire en plus ou en moins. D'où l'intérêt de savoir utiliser un annuaire des marées lorsque l'on est plongeur ou chasseur.
Celui-ci est divisé en plusieurs colonnes où figurent respectivement la date, le jour, l'heure des pleines mers (PM) et basses mers (BM) du matin et du soir parfois exprimée en Temps Universel (U.T.), la hauteur d'eau et le coefficient de marée (coef.).
Prenons un exemple. Brest, le lundi 22 juin d'une année quelconque. Je prends mon Almanach du Marin Breton. L'heure de la pleine mer du matin est à 8 h 21 U.T. Nous sommes à l'heure d'été, je dois donc rajouter 2 h (+ 1 h en hiver), soit 10 h 21. La hauteur d'eau est alors de 6,00 m et le coef. de 53. Il s'agit d'une marée de morte-eau.
Or je suis en réalité à Douarnenez, port rattaché à Brest. Je file à la page des corrections à apporter. Et là ça se complique un peu. En effet la correction dépend non seulement de la marée (VE ou ME) mais également de l'heure de la PM ou de la BM moyenne du port de référence. De même, le calcul de la hauteur d'eau dépend du coef., des phases de la lune et même de la pression barométrique pour être précis et rigoureux !
Si l'écart entre port de référence et port rattaché est souvent peu significatif, il peut être conséquent, jusqu'à plus d'une heure à certains endroits. Ceci dit, dans le cadre d'une pratique de loisir, il est déjà préférable de savoir jongler avec la règle des 12e.
LA MARÉE SONNE LES 12 COUPS
Nous avons vu que chez nous une marée dure approximativement 6 h, ce qui signifie que pendant ces 6 h la marée va monter (ou descendre) avant d'amorcer le mouvement inverse. Cependant cette progression n'est pas linéaire mais passe par un maximum. Durant la première heure la marée progresse de 1/12e; de 2/12e la 2e heure; de 3/12e la 3e heure, avant de régresser, 3/12e la 4e heure; 2/12e la 5e heure et 1/12e la 6e heure. On peut déjà constater que c'est à mi-marée que le mouvement des masses d'eau est le plus important (3e et 4e heures, 3/12e). C'est pourquoi les courants de marée sont les plus forts à ce moment.
Pour calculer la hauteur d'eau à un moment quelconque pour un endroit donné, on va donc diviser le mamage en séquence de douzièmes d'amplitude (1, 2, 3, 3, 2, 1). Pour cela la première chose à faire est de définir cette amplitude qui est la différence entre la hauteur de PM et la hauteur de BM. Prenons un exemple.
On veut savoir quelle sera la hauteur d'eau à Roscoff le matin du 17 juin d'une année X, à 10 h 20. A cette date, l'annuaire des marées indique une hauteur d'eau de 8,10 m à PM et 2,05 m à BM. La différence entre les deux est de : 8,10 2,05 = 6,05 m.
Donc ce jour là, la valeur du douzième d'amplitude est égale à approximativement à: 6,05/12 = 0,50 m
En se référant à notre séquence des 12e, ce jour à Roscoff la mer descend de 0,5 m la 1ère heure, de 1 m la 2e h, de 1,5 m la 3e h etc.
Sachant que la pleine mer du matin est à 8 h 18 pour une hauteur d'eau de 8,10 m, pour connaître la hauteur d'eau à 10 h 20, soit 2 h après PM, il suffit de retrancher 3/12e (1/12e lère h + 2/12e 2e h), soit 8,10 m (0,5 m + 1,5 m) = 6,60 m.
Et si l'on veut connaître la hauteur d'eau à 11 h du matin il suffit d'extrapoler un peu. Sachant que la 3e h de marée, l'eau descend de 3/12e soit 1,5 m, en une demi-heure elle descend environ de 0,75 m que l'on rajoute à la valeur déjà trouvée.
Ainsi à 11 h à Roscoff le 17 juin, la hauteur d'eau est d'environ 8,10 m 0,5 m 1 m 0,75 m = 5,85 m.
Cette méthode est approximative puisque la marée ne dure pas 6 heures très précisément. Pour affiner le calcul il aurait fallu d'abord trouver la valeur exacte de l'heure de marée qui s'obtient en divisant le temps de la montante (ou de la descendante) par 6, c'est-à-dire en appliquant la formule suivante: Heure de PM (ou de BM) - heure BM (ou de PM) précédente 6
Néanmoins, pour approximative qu'elle soit, cette méthode universelle permet de connaître facilement la hauteur d'eau n'importe où. Elle peut paraître un peu compliquée, pourtant, il n'en est rien et après avoir appris à jongler avec les 12e, à nous les joies de la pêche ou de la plongée aux moments les plus favorables.
LE MODE D’EMPLOI DU PLONGEUR...
Force est de reconnaître que la marée impose des contraintes à tous les plongeurs du littoral Manche-Atlantique. Au lieu de se lamenter, apprenons à l'apprivoiser et à composer avec ses mouvements.
La première chose à prendre en compte est la hauteur d'eau. En effet, le zéro des cartes marines correspond à la basse mer de la plus grande marée du siècle. En clair, cela signifie qu'un sec dont le sommet est marqué à 0 m sur la carte n'émergera jamais vraiment. Et si l'on y prévoit une plongée durant l'étale de pleine mer, à son pied marqué 30 m sur la carte, vous êtes parti pour faire une "profonde" pouvant parfois dépasser 40 m!
Dans la pratique, marée = profondeur fluctuante pour un même site de plongée. Une balade tranquille à profondeur moyenne, tel jour à telle heure, pourra être transformée en plongée sérieuse avec une décompression lourde la semaine suivante au même endroit. Il est donc très important de savoir calculer une hauteur d'eau et jongler avec la règle des 12e afin de planifier correctement sa plongée.
D'autre part, au cours de la plongée, cette fluctuation peut poser quelques petits problèmes. Ainsi, si l'on prévoit d'effectuer ses paliers au sommet d'un tombant, celui-ci peut fort bien ne pas offrir de profondeur suffisante à cette fin ou au contraire être trop profond. Sans parler du bateau mouillé à proximité des rochers et qui pourrait bien se retrouver au sec pendant que l'on batifole sur le fond à marée descendante !
LA MARÉE MAITRESSE DU DÉCOR SOUS-MARIN
Un autre phénomène n'est pas à négliger: le même site présente un paysage complètement différent selon qu'il est vu à marée haute ou à marée basse. Un repérage soigneux et une prise d'amers précise sont essentiels afin d'éviter de tourner en rond pendant une demi-heure pour retrouver un sec ... D'autant qu'à ce jeu, on risque de rater l'étale et donc d'annuler sa plongée.
Cette modification du paysage peut également rendre délicate la navigation dans certaines passes peu profondes ou étroites, surtout si la brume s'en mêle. C'est pourquoi, outre des amers précis, on prend soin de noter les caps, compas à suivre pour se rendre sur le lieu de plongée et pour en revenir. On profitera également d'une grande marée basse pour repérer avec précision tous les dangers d'une zone car même s'ils sont signalés sur la carte, rien ne vaut une bonne mémorisation visuelle afin de les éviter sûrement lors de la navigation.
Profondeur fluctuante, paysage sous-marin variable, le plongeur s'y fait. En revanche, plus difficiles à gérer sont les courants de marée, l'effet le plus gênant de ce phénomène. Globalement, ces courants sont à peu près constants en direction, souvent parallèles à la côte, dans un sens à marée montante, dam l'autre à marée descendante. Ces courants généraux sont souvent précisés dans un cartouche de la carte marine.
Oui, mais ce schéma type peut être notablement modifié par des conditions locales particulières. Si les indications fournies par les cartes sont généralement assez précises en ce qui concerne la navigation ou les passes, elles sont souvent trop aléatoires à proximité immédiate de la côte. Une pointe, un banc de roches suffisent à dévier un courant ou à créer un contrecourant allant parfois en sens inverse du courant général. C'est pourquoi, avant toute plongée dans un endroit peu connu, il est primordial d'interroger les gens du pays. D'ailleurs, ce premier contact est toujours perçu de manière positive. Le pêcheur ou le plongeur du coin se fera non seulement un plaisir d'indiquer le sens et la direction d'un courant pour un lieu donné mais il pourra aussi conseiller de se rabattre derrière telle pointe ou telle baie où le courant est absent, même en marée de vive-eau. Et cela, la carte marine ne le dit pas forcément.
L’ETALE, UN BON PLAN
Rappelons que la force des courants de marée est proportionnelle au coefficient. Autrement dit, plus le marnage (ou le coefficient) est important, plus les courants sont violents. A éviter donc autant que possible les plongées sur des sites exposés en marées de vive eau. Pour en rester à des considérations générales, signalons également que le courant s'accélère souvent au passage d'une pointe, dans un goulet fermant une baie ou au milieu d'une passe.
Autant d'endroits qui seront fréquentés de préférence en morte eau.
Mais même par petits coefficients, certaines zones sont en permanence exposées aux courants de marée. Dans ce cas, la prudence commande de n'y plonger que durant l'étale de basse ou de pleine mer. L'étale, c'est ce bref moment de répit durant lequel le courant diminue progressivement avant de s'inverser et de repartir de plus belle.
Pour le connaître, il suffit de se référer à un annuaire des marées.
Pourtant ce serait trop simple. Non seulement il faut le plus souvent apporter une correction par rapport à un port de référence, mais en plus, les variables sont également très sensibles: d'une dizaine de minutes à une ou plusieurs heures ! En effet, un plateau isolé, une épave ou une basse du large peuvent avoir une étale fortement décalée par rapport à celle indiquée sur l’annuaire.
D'où l'intérêt, là encore, d'un petit entretien avec les habitués du coin. Notons aussi que la vitesse d'un courant peut varier avec la profondeur et n'être pas la même en surface et au fond.
L’INFLUENCE DES MARES SUR LA VIE DU PLONGEUR
La marée influence également de manière considérable le comportement du poisson et la clarté de l'eau. En théorie, et en théorie seulement, la visibüité est meilleure en morte eau et à marée montante.
Cela s'explique par le fait qu'une petite marée déplace un volume d'eau limité et que le flot emmène avec lui l'eau du large, souvent plus claire que l'eau côtière chargée de sédiments.
Mais là aussi, la pratique nous apprend à être prudents. Influences du relief sous-marin local, affluents côtiers, météo, ont leur mot à dire et il peut arriver d'avoir une visibilité tout à fait surprenante avec un fort coefficient pour peu que le vent ait été faible durant toute la morte eau précédente.
Enfin, reste à considérer les rapports entre la marée et la météo. Lorsque le temps est au beau fixe, pas de problème, on peut se plier aux caprices de la mer sans arrière-pensées. En revanche, lorsque le temps se dégrade, le vent a généralement tendance à forcir avec la marée montante.
D'autre part, si un vent bien établi s'oppose, en direction, au courant de marée cela aboutit à une mer formée, dure, et difficilement praticable. En été, il n'est pas rare qu'une brume épaisse tombe sans crier gare à la faveur de l'étale, pour disparaître ensuite comme elle est venue. Dans ce cas, le mieux est encore de prendre son mal en patience et d'attendre un peu plutôt que d'entamer un retour périlleux à proximité d'une côte très découpée.
On le voit, il est hors de question d'ignorer la marée. Elle fait partie intégrante de la mer et des hommes qui la fréquentent, elle est le signe visible, tangible, de la vie océane. Vouloir aller à l'encontre des lois qu'elle nous impose, c'est s'exposer à des risques certains et vouloir ignorer les rythmes qu'elle nous dicte, c'est faire abstraction des cycles immuables de la nature en exposant inutilement sa vie.
Regardez les pêcheurs professionnels. Jamais vous ne les verrez caler leurs filets sur une basse du large par marée de vive eau. Ils savent trop bien qu'ils risquent de perdre leurs filets ou de les retrouver déchirés et colmatés par le goémon mais sans l'ombre d'un poisson. Pourquoi les plongeurs seraient-ils plus malins ?
"En vive eau le courant est sévère, contente-toi d'une plongée pépère. Mais par petit coefficient et avec l'étale arrivée, plongée plus exposée tu peux tenter".
Un proverbe au ras des pâquerettes certes, mais qui a le mérite d'être pragmatique. Un dernier mot: si la marée vous empêche de plonger, pourquoi ne pas vous adonner au plaisir de la pêche à pied ? Palourdes, praires, coques et couteaux n'attendent que votre oeil acéré.
LES CALCULS DU CHASSEUR
Si les marées bouleversent les conditions de mer, elles influent aussi beaucoup sur les profondeurs des "coins" et sur le comportement des poissons et des crustacés. Un problème de plus pour le chasseur
Les paysans bretons sont si ignorants qu'ils croient en l'influence de la lune sur les marées. Cette citation d'un docte "savant" du 18e siècle montre qu'en fait, la sagesse populaire avait depuis longtemps su associer les différentes phases de la lune avec le phénomène des marées.
En fait, c'est la résultante des influences de la lune et du soleil qui détermine les deux paramètres les plus importants pour les chasseurs de Manche et d'Atlantique: l'heure des marées haute et basse, et l'amplitude du mouvement (mamage) traduite généralement sous le terme coefficient.
L’importance de ces deux facteurs sur les conditions de pêche (profondeur, courant, voire mise à l'eau des bateaux) et sur le comportement des différentes espèces est primordiale et l'annuaire des marées fait partie de la panoplie de base du chasseur atlantique. Pour ceux qui habitent en bord de mer, l'annuaire local qui donne les heures de marée du port le plus proche est généralement assorti d'une table indiquant les corrections à appliquer sur 60 à 120 km de côte, suivant le type d'annuaire.
Autre solution, l'Almanach du Marin Breton fournit les paramètres des marées dans les principaux ports français et les corrections à appliquer dans un certain nombre d'autres ports. Il faut noter que le coefficient dépendant des positions relatives du soleil et de la lune est le même à un moment donné pour toutes les côtes françaises.
CALCULS SIMPLES DE LA (VRAIE) PROFONDEUR
L’utilisation de ces deux informations de base, heure de basse mer ou de haute mer et coefficient, est multiple. D'abord dans l'interprétation des cartes marines. Comme nous l'indiquions précédemment, toutes les profondeurs sont indiquées en prenant comme référence le niveau de basse mer mesuré par un coefficient de 120.
Ce qui revient à dire que vous trouverez toujours l'endroit plus profond qu'indiqué par la carte ! Egalement tel sec qui apparaît sur la carte peut très bien ne sortir de l'eau que deux fois par an, donc être plus difficile à trouver qu'il n'y parait s'il est isolé.
Deux petites astuces: d'abord, quel que soit le coefficient, la hauteur d'eau à mi-marée sera toujours la même à un endroit donné. Cette hauteur d'eau se calcule en faisant la moyenne entre la hauteur d'eau à basse mer et à haute mer donnée par l'annuaire des marées pour un jour quelconque. Par exemple, pour Trébeurden, cette hauteur "moyenne" est de 6,5 m.
De même, le marnage, c'est-à-dire la différence entre la basse et la haute mer, peut se calculer à partir du coefficient de marée, à condition d'avoir calculé une fois pour toute le mamage du coefficient 100 (à calculer en cherchant dans l'annuaire un jour de coefficient 100 ou approché, et en faisant la moyenne entre hauteur de basse et haute mer). Pour Trébeurden, ce "marnage repère" est de 8,4 m.
En utilisant le coefficient comme un pourcentage, vous pouvez alors calculer instantanément le mamage du jour qui vous intéresse.
Exemple
Si le coefficient est de 40 (soit 40 %), le mamage sera égal à: 8,4 x 40 % = 3,36 m.
Vous pouvez alors calculer les hauteurs d'eau à haute et basse mer:
a) Haute mer = hauteur moyenne + 1/2 marnage 6,5 m + 1/2 de 3,36 = 8,18 m
b) Basse mer = hauteur moyenne - 1/2 mamage 6,5 m - 1/2 de 3,36 = 4,82 m
Ces chiffres sont à rajouter aux chiffres donnés par les cartes pour connaître à quelle profondeur réelle va se trouver le banc de sable ou la tête de roche sur lesquels vous avez jeté votre dévolu.
EXEMPLES ET CONTRE-EXEMPLES
En dehors de la profondeur, un autre paramètre important dû à la marée est le courant. En règle générale, le courant est sensiblement proportionnel au coefficient. Malheureusement, cette règle est loin d'être aussi facile à appliquer que celles qui permettent le calcul des hauteurs d'eau. En effet, les particularités locales fournissent un nombre impressionnant de contre-exemples. Ceci est dû au fait que les zones qui intéressent le chasseur sous-marin sont généralement des zones de (relative) faible profondeur, et même des zones plutôt accidentées. Et de même que des cailloux dans le lit d'une rivière peuvent provoquer des tourbillons qui accélèrent ou ralentissent localement la vitesse de l'eau, de même les secs, passes ou tombants peuvent perturber toute tentative de précision théorique.
Quelques exemples.
Sur les Dervinis, secs situés entre Perros-Guirec et les Sept Iles, il peut y avoir par gros coefficient plus d'une heure de décalage entre la basse mer et la renverse, c'est-à-dire le moment où le courant change de sens. C'est-à-dire qu'après avoir vu la mer baisser, vous la verrez remonter pendant plus d'une heure avant que le courant ne change de sens. Déroutant !
C'est le cas dans beaucoup d'endroits à fort courant (cap Fréhel près de Saint-Malo, cap de la Hague en Normandie, etc).
Certaines zones du bord peuvent être abritées du courant par fort coefficient, soit parce que l'inertie des masses d'eau "tire" le courant vers le large, soit parce qu'à basse mer et grande marée, des barres de rochers se découvrent et dévient le courant qui, par petit coefficient, passerait audessus de ces mêmes barres. Un exemple classique de ceci est la zone de Barfleur où plus d'un compétiteur s'est fait des frayeurs dans le courant après avoir hâtivement fait des constatations au repérage !
Seule solution pour maîtriser ces problèmes: l'expérience, la vôtre ou celle des pêcheurs ou plongeurs locaux.
LES POISSONS SUIVENT LES MARÉES
La marée influe peu sur l'humeur des hommes. Sauf quand vous constatez que cette cale de malheur est impraticable à l'heure que vous avez choisie pour entrer (ou sortir) votre bateau de l'eau ... Dans ce cas, vous avez quelque raison de vous impatienter.
Par contre, elle influe considérablement sur le comportement du poisson. D'une façon générale, les poissons ont tendance à suivre le mouvement : ils montent sur les têtes de roche ou les plages à marée montante, et descendent ou se mettent à trou à marée basse. Les grands exemples d'application de ceci sont les suivants.
Concentration de vieilles sur le sommet des têtes de roche à marée haute.
Possibilité de prendre des gros bars à la montante dans très peu d'eau sur les langues de sable où ils viennent chercher les crabes qui, eux aussi, sortent à marée montante !
Les poissons plats en général (et les soles en particulier) se désensablent à marée montante et se camouflent à marée descendante.
Les passages de bancs de bars ou de mulets près des pointes rocheuses se font généralement en plein courant de montante.
Par contre, en fin de descente il faudra plutôt les chercher dans les algues, voire à trou.
Bien sûr, ça serait trop simple ! certaines particularités peuvent modifier ce comportement. Par exemple, sur un éboulis en plein courant, les vieilles sortiront à l'étale de haute et basse mer, le courant les empêchant de le faire en dehors de ces périodes. A l'inverse, le lieu se chassera de préférence au moment des forts courants, lorsqu'il se rassemble à l'abri des secs. Il disparaît généralement à l'étale. A noter que la tendance des poissons blancs à se concentrer est souvent proportionnelle au courant, donc aux coefficients.
En ce qui concerne les crustacés, il est bien connu que les araignées montent à l'assaut des têtes de roches à montante: elles sont alors beaucoup plus faciles à repérer qu'à marée basse où elles se carnouflent dans les laminaires. Par contre, les homards ont plutôt tendance à sortir la nuit et la marée influence peu leur comportement. Pour les capturer, les pêcheurs à pied guettent les grands coefficients qui peuvent leur permettre d'accéder à des zones habituellement inaccessibles.
Certains chasseurs sous-marins suivent le même raisonnement. Il est vrai que certaines zones à fort marnage peuvent n'être raisonnablement praticables que par grande marée basse. C'est le cas par exemple dans la région de Saint-Malo où le marnage peut dépasser 12 m !
En contrepartie, il ne faut pas oublier que le courant généralement en rapport avec le coefficient risque d'écourter considérablement le temps de pêche. Il est souvent plus facile de pêcher dans 15 m d'eau sans courant que dans 10 m dans une rivière en crue !
En résumé, ne négligez jamais la marée. C'est un facteur prépondérant de la pêche en Manche et Atlantique. Elle conditionne votre sécurité et vos succès. Sachez l'apprivoiser : elle vous le rendra au centuple !
LE SENS DES MOTS
Marnage:
désigne la variation du niveau de la mer entre la basse mer et la haute mer. Il s'exprime en mètres et est très variable selon les endroits, plus important en Manche qu'en Atlantique.
Coefficient:
valeur numérique traduisant le mamage. Ainsi un coefficient de marée de 120 désigne la plus grande marée mesurée et correspond au niveau 0 des cartes à marée basse.
Vive eau:
le terme marée de vive eau désigne une marée importante, à fort coefficient, autour de 95.
Morte eau:
opposé du précédent, ce terme désigne une marée de faible amplitude, autour de 45.
Etale:
l'étale de marée haute ou de marée basse désigne le point culminant d'un mouvement de marée avant que le phénomène ne s'inverse. C'est une durée plus ou moins brève selon les endroits pendant laquelle le courant de marée est nul ou tout du moins faible.
Flot: courant de marée montante. Son orientation est à peu près constante pour un endroit donné.
Jusant: courant de marée descendante, opposé du précédent.
Renverse: désigne le moment où les courants de marée s'inversent. La renverse coincide le plus souvent avec l'étale.
Pied de pilote: en navigation et lors d'un calcul de hauteur d'eau, il désigne une marge de sécurité évitant de talonner avec le bateau. Sa valeur est de l'ordre de 30 cm. Les conditions atmosphériques (pression barométrique, influence des vents, état de la mer ... ) pouvant modifier la hauteur d'eau, ne jamais oublier le pied de pilote !
PETITS CONSEILS UTILES A SAVOIR AVANT LA MISE A L’EAU
Lorsque l'on souhaite plonger dans une région à marées, la première chose est de se procurer un annuaire des marées, souvent distribué gratuitement par les commerçants ou le syndicat d'initiative. Mieux, acheter l'Almanach du Marin Breton, qui, outre un annuaire, fourmille de mille renseignements pratiques. Publicité gratuite et totalement désintéressée, une partie du fruit de la vente étant destinée à des oeuvres de bienfaisance pour les gens de mer.
L'annuaire indique:
. les heures de basse mer et de pleine mer;
. la hauteur d'eau le coefficient de marée;
. les mamages de vive eau moyenne et de morte eau moyenne pour un site précis appelé "port de référence".
Pour les ports rattachés à ce port de référence, il convient d'apporter une correction (en + ou en ) pour plus de précision. Muni de ces renseignements, il devient possible de calculer une hauteur d'eau à une heure donnée (règle des 12e) et d'avoir une idée de la force du courant.
Se renseigner auprès des locaux sur les courants régnant sur le site de plongée prévu et tenir compte de leur avis !
Si le lieu est exposé, s'arranger pour arriver sur zone bien avant l'étale et attendre sur place le moment le plus favorable. Se souvenir que le courant est faible en début de marée, fort à mi-marée avant de faiblir à nouveau. En conséquence, toujours plonger en début ou fin de marée.
Si le site de plongée est profond, privilégier l'étale de basse mer pour en profiter au maximum (profondeur moins
importante). S'il est exposé au courant, prévoir une rotation avec une palanquée en "sécu" surface, un parachute par palanquée au minimum, un pendeur pour les paliers et une ligne de vie (bout muni d'une bouée à son extrémité et que l'on laisse filer derrière le bateau).
En cas de doute sur les courants ou la météo, ne pas hésiter à remettre en cause le programme et à se rabattre sur un lieu abrité.
Enfin (il aurait même fallu commencer par là), essayer de faire coincider la date de son séjour avec une marée de morte eau. Facile à dire ...